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mardi 23 septembre 2008

De Cape et de Crocs - concours Songe

Du 13 novembre au 02 décembre 2007, Songe (Saladdin, pour les intimes) a organisé un concours d'alexandrins.
"Le concours est ouvert à toute personne résidant en France métropolitaine. Les participants doivent écrire une série d'alexandrins, qui devront inclure au moins cinq mots parmi la liste suivante : cape, épée, renard, loup, lapin, rapière, cartel, duel, fat, faquin, estoc, lame, gant, plume, chapeau, défier, lune, demoiselle."
A gagner : 5 exemplaires du 8e tome de la série De Cape et de Crocs.
Ainsi, voilà ma participation.
**************

J'étais fou ce jour-là, je le sais maintenant
Mon esprit dérouté par votre voix, ce chant,
Qui me prit ma raison. Je me meurs et pourtant
Je ne regrette rien, et trépasse en riant.

Ce faquin vous aimait, je dois lui concéder,
Mais rien ne put calmer mon cœur ensorcelé.
Je m'approche et lui parle, finit par le défier :
Nous nous battrons pour vous à l'aurore levée.

Une image me vient, l'éclat de votre gant
Mes lèvres à votre main, votre visage souriant
Je me serais damné pour le revoir encore
Et ne regrette rien, au moment de ma mort.

Nous voilà donc armés, bretteurs aux épées claires
Au pré hors de la ville qui doucement s'éveille.
A midi revenu l'herbe sera vermeille
Et mon corps étendu redeviendra poussière.

Nos lames, crocs d'acier, reflètent le soleil
Ses rayons roux ne sont que des renards peureux
Effrayés par les loups, gentilshommes la veille.
Notre mère la Vie vaut moins que vos deux yeux.

Justement je les vois, dedans votre carrosse
Deux ténébreux miroirs nous fixant tristement
L'ennemi en profite et me transperce un os
Je sais que je mourrais sans être votre amant.

Sa rapière en mon cœur n'est pas si douloureuse
Qu'une vie sans vous voir. Vivez en bienheureuse,
Ne me regrettez pas, aimez mon maître d'arme.
Tout tombe autour de moi ; sont-ce à vos yeux, des larmes ...?

Le froid qui m'envahit n'est pas l'air du matin
Qu'elle vienne donc à moi, la Dame de la Fin !
Elle ne saurait trouver que du sang et des selles
Car mon âme est en vous, ultime demoiselle.

Les citadins se lèvent et mon regard se voile
Je trépasse en riant aux dernières étoiles.

********
Alors, je sais, un poème, gnagnagna. Les alexandrins sont parfois approximatifs, le texte parfois trop obscur...

Sauf que j'ai gagné !

Et j'avais envie de poster quelque chose.
C'est pas paske je suis en prépa MPSI (maths maths maths physique) que je dois forcément laisser tomber le lecteur de canardduchaos !

Linmark, sauve le monde.

vendredi 16 mai 2008

Zzzz.... Zzzz...

Johnson Roberto entendit une balle siffler près de son oreille.
"Il est temps de partir", se dit-il. Les frères Carson l'avaient retrouvé.

Johnson courut se protéger derrière une caisse de l'entrepôt. Il en profita pour faire un bilan de sa situation : il avait ce qu'il était venu chercher, il était à deux pas de son avion personnel, mais à part ça, le ciel de son avenir se parait de nuages menaçants. Le gang Carson au complet semblait lui avoir donné la chasse ; ils devaient bien être quinze dans ce hangar, armés jusqu'au dents, sonnant le hallali.

D'un tir bien ajusté, Johnson en abattit un, puis deux tirs rapprochés en atteignirent un autre à la mâchoire. Treize. Des balles se fichèrent dans une caisse juste au-dessus de sa tête, et il en vit une percer le réservoir de l'avion. Le kérosène se vidait sur le sol ; il allait devoir trouver une autre façon de repartir.

"Roberto ! C'est Joe Carson ! On est trop nombreux pour toi, rends-nous la malette et on te laissera peut-être en vie !
-...merci, mais non!"
Les voix et les détonations résonnaient dans le vaste entrepôt. Johnson, accroupi, se retourna et abattit trois hommes qui tentaient de l'encercler. L'un d'entre eux, que Johnson reconnut comme étant Earl Carson, lui tira dans la jambe avant de s'effondrer, un trou sanguinolent à la place de l'oeil droit. Johnson serra les dents. Dix.

"On va t'avoir, Roberto !" "Tu vas crever !" "Il a eu Earl ! Il a eu Earl !"
Johnson savait qu'il n'avait pas une chance de survivre. C'était certes un excellent tireur, mais une fusillade à un contre dix... non, neuf, ne laissaient en vie que les héros de cinéma. La douleur lui fit rater un tir ; une balle de Joe Carson effleura son cuir chevelu. Une autre finit sa course dans son épaule gauche.
Cette fois-ci, Roberto lâcha un cri. Ses ennemis se rapprochaient, tandis qu'il rechargeait de son bras valide. Il se redressa pour faire feu. Six coups, trois victimes. Craignant d'être pris en tenaille, il changea péniblement d'emplacement, laissant sur son passage des traces de sang et de poudre. Il tira dans la direction des assaillants, au jugé. Il en profita pour laisser une balle dans la poitrine d'un adversaire, en échange d'une autre dans le ventre.

Allongé, blessé probablement à mort, sans allié face aux cinq fauves Carson, il se résigna à effectuer le plan d'urgence. Ses entrailles se répandaient sur le sol quand il ôta les doigts de sa plaie abdominale. Tout en tirant en l'air, la main chauffée à blanc, pour éloigner quelques instants ses assaillants, il ouvrit la malette. Il en sortit plusieurs feuillets ensanglantés. Plusieurs personnes étaient mortes pour les obtenir, et lui même allait y laisser la vie pour les reprendre des mains du terrorisme international. Lentement, clairement et distinctement en dépit de la douleur qui pulsait dans son organisme mourant, il lut :
"Petit b, la cause des affections... argh... Le corps transmet à l'âme des images que sa sensibilité traduit en affections [un ennemi s'effondra, la bave aux lèvres]. Ame et affections sont... humpf... complémentaires... [Un autre s'enfuit en hurlant, tenant sa tête dans ses mains] La sagesse ne consiste pas à ne pas avoir de passion... [Deux d'entre eux s'entretuèrent dans leur panique] L'ataraxie est compatible avec l'exercice de la passion mais pas avec les troubles du débordement passionel..."

Dans un ultime hurlement, Joe Carson fut renversé en arrière. Le plus vieux et perfide des parrains du crime international rendit l'esprit.

A son tour, déchirant l'Arme, Johnson Roberto mourut, apaisé.

****

C'est sympa les cours de philo, sinon. Oui, je force peut-être un peu sur les virgules, parfois. Autant pour moi.

mercredi 7 mai 2008

One day, part IV, dernière !

IV- Où l'on entre discrètement.

Alerté par ses sens améliorés, son empathie avec sa ville et des traces de laine arrachée, le Violonier se retrouva après quelques minutes d'investigation face à un gouffre béant inquiétant et sentant le pull-over. Les bords de l'ouverture étaient manifestement rongés par des dents larges et trop rondes pour être naturellement vouées à ce genre d'excavation, mais animées par une volonté inébranlable. Combien de moutons avaient déployé ici leur pugnacité ? Le musicien redoutait de le savoir avant longtemps. Il s'engagea néanmoins dans la noirceur du tunnel, son étui dans une main, son archet dans l'autre, et un rat nyctalope sur l'épaule.
Après quelques pas dans l'obscurité (était-ce cent mètres ? dix kilomètres ? avait-il atteint la Chine ?), le Violonier aperçut une lueur. Après quelques pas de plus, il vit la silhouette reconnaissable d'une sentinelle, un garde plus laineux que la plupart qu'il avait évités dans ses années de métier antérieures. Il sortit son instrument silencieusement, en cassa une corde puis, s'approchant de sa proie parmi les ombres, étrangla l'animal d'une main professionnelle. Il préférait la méthode plus esthétique de jouer un air si triste que la victime se suicidait de mélancolie, mais il ignorait si les moutons partageaient les faiblesses psychologiques de l'être humain pour l'art.
Quelques moutons et quelques portes plus tard, notre héros se retrouva au sommet d'une chaîne de montage un peu particulière. Son rat s'était réfugié dans sa veste, et il gardait ses doigts à porté des boutons secrets de son étui. Loin au-dessous de lui, un tapis roulant amenait chaque mouton à portée de machines complexes qui semblaient leur greffer de terribles armes chimico-mécaniques, le genre que fabriqueraient un savant fou expéditif. D'ailleurs, Psykaw discutait avec un mouton doté de bras mécaniques qui s'activait sur un boîtier de commandes du tapis roulant. Le Violonier n'entendait que les quelques éclats de voix qui lui parvenaient :
"...veux MAINTENANT ! ...plan... UNE SEMAINE !... diabolique... panique... armée... ...quérir LE MOONDE ! AHAHAHAHA !"

"Monsieur ? Veuillez me suivre, sans résistance, s'il vous plaît."
Le musicien sursauta. Il n'avait pas entendu l'arrivée des sabots. Un mouton, noir et plus grand que ses congénères, pointait sur lui une arme étrange adaptée à sa patte antérieur et qui ne laissait aucune ambiguïté quant à sa fonction première : éliminer les intrus.
Le Violonier était beau joueur, et savait s'avouer vaincu. Il le suivit donc, d'autant que ça paraissait une bonne occasion de visiter la base, plus vaste que ce que le musicien avait prévu. L'ovin les mena dans une série de couloirs, puis emprunta une porte semblable à toutes les autres. A l'intérieur, des murs nus, pas de fenêtre puisqu'ils étaient sous terre, un sobre bureau et une pile de papiers. L'humain reconnut un plan de la réserve d'eau de la ville, puis le mouton lui banda les yeux et le menotta, le tenant toujours en joue. Il entendit l'ovin tirer sa chaise et s'y asseoir en un froissement de laine.

"Je suis le Lieutenant Sheeponzalez Mérino, déclara le mouton, et je serai votre bourreau. Voyez-vous, monsieur le Violonier, nous autres moutons menons une vie dure, et ne voulons pas d'ennui particulier avec les humains de votre espèce... le genre à protester contre notre libération. C'est pourquoi je vais devoir vous tuer. Vous comprenez, maintenant que le Libérateur nous a offert la conscience, je ne peux plus supporter de savoir que mes enfants et tous ceux de notre espèce seront voués à être tondus, abattus et mangés...
- Hum, ne peut-on en discuter plus calmement ? Je ne suis pas responsable du système...
- Si ! C'est vous qui avez inventés les corporations qui nous vouent à ce sort funeste ! Et si ce n'est toi, c'est donc ton frère, ou quelqu'un des tiens. C'est donc à l'humanité de subir nos millénaires d'esclavage ! Votre espèce ne s'en tirera pas comme ça !
- Vous savez, les corporations n'hésitent pas à se servir de ses employés pour les tondre, les abattre et les digérer, alors... vous croyez vraiment qu'ils vont finir par vous prendre au sérieux ?
- Vous êtes intelligent, pour un musicien, mais une fois que nous aurons attaqué leurs intérêts financiers ici à New Montpellier, ils nous écouteront. Une fois que nous aurons détruit tous leurs actifs dans cette ville...
- Cette ville leur appartient totalement, Mérino. Il n'est pas un vendeur à la sauvette qui ne paie un tribut à une corpo. Vous n'arriverez jamais à détruire tous leurs intérêts.
- Toute cette ville, hein ? Vous nous mettez au défi de détruire toute cette ville ? Alors que nous venons de nous emparer des explosifs de la réserve militaire ? Vous plaisantez, j'espère."
Alors, le Violonier vit la destruction de New Montpellier défiler dans sa tête. Les tours s'effondrant... Les rares innocents et âmes charitables brûlant dans leur sommeil... Non, si quelqu'un devait détruire ce tas de fumier qu'on appelait New Montpellier, ce serait lui !
Brusquement, alors qu'il se savait dans la ligne de mire du lieutenant, il tapa du bout du pied dans son étui qui s'ouvrit et, les yeux bandés, les poignets attachés, s'empara du violon à l'intérieur. Dans un même mouvement fluide, alors qu'il entendait la détonation de son adversaire, il plongea sur le côté et appuya sur la gâchette secrète de son instrument. La balle qui en jaillit alors était d'un calibre interdit par les conventions internationales, et la puissance du recul fit taper la tête du Violonier contre la porte, à plusieurs mètres de là.
Le musicien entra dans un trou noir de plusieurs mesures. Une sirène retentit.

"Hey les gars ! On en a trouvé un ici qui semble pas... hey !"
Le Violonier ouvrit les yeux, attrapa le bras devant lui et donna un coup de poing dans le nez du... policier. Que faisait les flics ici, par l'enfer ? Deux autres apparurent dans l'embrasure de la porte. Ils finirent rapidement à terre. Bon. Il était temps pour le musicien de faire un inventaire. Tous ses membres étaient en état de marche, le mouton semblait l'avoir manqué... Ah. Non. Sous sa veste, au niveau de son cœur, le rat génétiquement modifié avait été réduit en bouillie par le rayon mortel de Mérino. Pauvre héros inconnu. Le Violonier mit son étui sur son dos, et avança dans le couloir, l'arme à la main.

Le grand hall de la chaîne de montage était en proie au chaos. Les flics avaient débarqué après avoir carrément fait sauter le toit, et certains renforts armés descendaient encore en rappel lorsque le musicien était revenu dans la pièce. Les balles sifflaient, courtes rafales entre forces de l'ordre et moutons luttant pour leur survie. Les bêtes se faisaient diviser, submerger. Quelques îlots de résistance causaient encore des victimes aux humains dans certains coins de la pièce, derrière des sacs de sable, mais leur situation était désespérée. C'était la fin du plan diabolique de Psykaw, pensa le Violonier. D'ailleurs... En repensant au docteur fou, il vit un tunnel s'enfoncer dans l'obscurité, derrière une vieille armoire métallique. Un très large tunnel. Psykaw n'était nulle part en vue. Il avait dû s'enfuir par là. D'un bond gracieux, le musicien atterrit à l'étage inférieur, face à l'entrée du tunnel, et s'y engouffra.

Quelques minutes plus tard, John Peacemaker tint le même raisonnement, et pénétra dans l'obscurité à sa suite.

V - Où l'on boum, on paf, on bang, on se bat en duel et on épilogue.

"Chef... Chef... Vous êtes sûr qu'on devrait aller par là ?
- Faites-moi confiance, caporal Heeker, vous serez le premier à botter les fesses de ce cinglé de psychopathe !
- Euh... d'accord chef mais ça commence à être sombre par ici...
- Vous avez peur de quoi, caporal ? Qu'un mouton géant attende dans le noir pour nous tendre un piège et vous dévorer tout cru ? Ahahaha !
- Ahahaha, chef ! Non, mais c'est juste que je... AAAAAAAAARGH !!!- Caporal ?... Sainte merde ! A l'assaut les gars !"

Le Violonier, lui, suivait les traces de pas humains sur un autre couloir du dédale de grottes.
Des pas... Puis une rivière. Puis une lueur. Puis une gigantesque salle souterraine.
Dans son dernier repaire, Psykaw n'avait pas perdu tout espoir. Certes, ses plans de conquête militaire semblaient compromis, et ses meilleurs éléments avaient disparu, sans doute assassinés par les oppresseurs fascistes, mais l'essentiel de son projet n'avait pas bougé. Il pouvait encore faire sauter la ville. Au milieu de ses dernières troupes, il eut une pensée pour tous les moutons tués pour la race humaine, pour tous ses amis d'infortune laineux, son lieutenant Sheeponzalez, Gros William qui lui avait servi de monture, et tous les gigots d'agneaux du monde. Il referma les mains sur la poignée du détonateur, prit une grande inspiration et

BANG !

"Fini de jouer, le cinglé ! Mets les mains sur la tête, tu es en état d'arrestation, et j'ai désormais le droit de t'abattre si tu te mets à jouer au petit malin !"
Peacemaker avait fait son apparition à son tour dans la caverne, et son tir avait désactivé le système de mise à feu ainsi. Seul, du sang de ses coéquipiers et de Gros William encore sur ses vêtements, il tenait le professeur et sa petite troupe de moutons de combat survivants en joue. Son pouce se contracta et

PAF !

Le Violonier rattrapa ensuite le corps de Peacemaker qui s'affaissait. Ce coup devait l'avoir mis hors de combat pour longtemps.

"Hum, expliqua le musicien au gardien de l'ordre inconscient. Laissons les flics en dehors de tout ça, les pauvres. Alors, Psykaw ? cria-t-il. Tu te rends ou tu comptes encore menacer ma ville ? Me mets pas de mauvaise humeur, après je deviens ronchon !
- Aha ! Tu te crois capable de me défier seul, le vagabond ? Mais regarde un peu, mes moutons en ont assez de leur vie d'esclave, loin de leurs herbages ! Ne méritent-ils pas leur liberté eux aussi ? Et ne mérites-tu alors pas de mourir, toi qui t'opposes à une si noble cause ?
- Mais tes moutons seront-ils plus rapides que mes balles ?"

Alors Psykaw porta la main au prototype qu'il avait pu volé au dépôt. Son nouveau laser. Il s'était entraîné au tir dans sa jeunesse, avec son père. Il était très bon, à l'époque. La crosse de l'arme lui rappela alors son enfance dans les champs. S'il était resté à la ferme...

Ses doigts se refermèrent sur l'arme.

Le Violonier, la main sur l'archet, l'autre sur le manche de son instrument, dévisagea le Strayton. Celui-ci soutint son regard sans ciller. Les deux hommes, portés par leurs destinées de chaos, se rencontraient pour la dernière fois. Le fracas de leurs flingues atypiques seraient les dernières notes qui résonneraient aux oreilles du plus lent.
L'un d'eux allait mourir, ils le savaient, et n'aurait pour tombeau que le trou même dans lequel avait lieu leur face-à-face ; la poussière de la caverne allait se teinter du sang d'un de ces deux marginaux.
On entendit la voix de l'ordre, à terre, pousser une faible plainte. Les moutons retenaient leur souffle.

Le Violonier ouvrit la bouche pour prononcer une ultime sentence. Psykaw dégaina. Les armes aboyèrent, deux coups rapprochés.

Peacemaker, à terre, vit les deux hommes reculer. L'un deux porta la main à sa poitrine et, dans une prière muette à des dieux sourds, s'effondra dans la poussière. Un autre mort valeureux au compte de New Montpellier.


Depuis la vie a repris dans la ville toxique. Les moutons, sous la pression des quelques mutants survivants et des notes retrouvées dans le laboratoire de Psykaw, sont devenus des citoyens partageant les droits civiques des humains (c'est-à-dire pas grand-chose) avec leurs propres restaurants et magasins d'alimentation. Les Abattoirs ont été reconvertis, mais certaines gargottes des quartiers les plus mal famés affichent encore du tajine au menu. John Peacemaker a été affecté à la protection rapprochée du Président, et recevra bientôt la médaille du mérite. Il a encore une bosse au sommet de son crâne, qu'il cache avec ses cheveux. Ce matin, il s'est aperçu qu'il devient chauve peu à peu. Dans la version de son histoire, il était seul dans la grotte et Strayton s'était envolé. Il raconte cependant avoir combattu à mains nues une armée d'ovins enragés.
Dans un petit carnet rouge, rangé dans le double fond d'un tiroir de son bureau personnel, il écrit ses mémoires. La page de ce jour est constellée de petites gouttes d'eau salée.
Nul n'a jamais revu le docteur maudit et le virtuose assassin.

Mais... en écoutant bien, au-delà des bruits des machines et des cris habituels, on entend encore parfois la nuit de New Montpellier résonner de la complainte d'un musicien pour un adversaire des temps anciens.

samedi 3 mai 2008

One day part III


III- Où l'on aime les subventions.


La veille, le poste de police de New Montpellier avait reçu une visite peu ordinaire.
Alors que le lieutenant Sucette allait engloutir tranquillement son troisième beignet, une botte réglementaire ouvrit la porte principale d'un coup bien placé.
"Flics, garde à vous ! dit le propriétaire de la botte. Le gouvernement fédéral vous apporte les renforts que vous demandez depuis toujours ! Votez conservateur ! Je suis John Peacemaker, délégué préfectoral du comté, et je fais partie de la commission du bottage de fesses !"
Effectivement, John avait l'air d'un vrai botteur de fesses, les flingues en bandoulière, la veste de cuir, le chapeau à large bord plat, et les bottes réglementaires. Voyant sa demande d'aide fédérale enfin réalisée, Sucette sourit.
"Alors au boulot, M. Peacemaker. Des individus dans cette ville a besoin d'un bon bottage de fesses !"


Au même moment, Strayton Psykaw s'était injecté sa potion magique, son dopant miraculeux, son stéroïde soignant. Sa cicatrice de naissance sur le bras gauche s'était résorbée, et à sa grande satisfaction, il dut même enlever ses lunettes, désormais gênantes.
"Aha ! Ca marche ! Ca marche ! Je vais devenir célèbre ! A moi le Prix Nobel !!"
Sa calvitie naissante fut bientôt remplacée par une toison abondante. Très abondante. Il voyait avec horreur les poils pousser sur ses bras, son torse, son visage. Il sentait une épaisse fourrure brune apparaître dans son dos. Puis sa langue s'épaissit, ses dents s'allongèrent, il sentit la bave envahir sa cavité buccale : lorsqu'il voulut hurler, il n'entendit qu'un grognement bestial sortir de ses babines. Autour de lui, les moutons subissaient eux aussi d'horribles transformations, gagnant en taille, en poids, en férocité. Psykaw sentit la bête en lui grogner, et hurler sa faim. Il voulait se battre. Il voulait du pouvoir. Il voulait du sang. D'un coup de tête, il ouvrit une brèche dans un mur, et avec son armée ovine, creusa son chemin vers la nuit.


Le lendemain matin, Strayton se réveilla, quelques plumes ensanglantées dans la bouche, au milieu d'un cercle de cadavres de moineaux, pigeons, rats, et un ou deux renards. Il n'avait aucun souvenir du carnage qu'il avait commis. Il eut peur. Et ses craintes se réalisèrent quand il se retourna. Une fillette démembrée gisait derrière lui, sa gorge tranchée souriant au nouveau monstre de New Monpellier. La bête avait encore faim.
Plus tard, alors que John Peacemaker était allé rétablir la loi et l'ordre dans les secteurs les plus mal famés de la ville, le lieutenant Sucette reçut une deuxième visite inattendue. Décidément, c'était pas la journée du beignet...
Un monstre hideux aux crocs ensanglantés avait fait irruption devant son bureau.
Il tendait les bras devant lui. Sucette, à l'esprit vif lorsqu'il ne l'anesthésie pas avec du sucre, comprit ce qu'il voulait qu'il lui fasse. Il n'aimait pas être manipulé, mais il aimait encore moins désobéir à un géant velu venant se soumettre. Le policier sortit ses menottes.
"Vous avez le droit de garder le silence. Dans le cas contraire tout ce que vous direz pourra être utilisé contre vous devant un tribunal. Vous avez le droit de consulter un avocat et d’avoir un avocat présent lors de l’interrogatoire..."


Lorsque Peacemaker revint, le bras taché de poussière, de sang et d'huile, les principaux produits échangés entre les forces des l'ordre et les caïds de New Montpellier, Sucette reprenait timidement des bras du monstre une feuille de carton et un crayon épais.
"Tenez, John, ce suspect tente de communiquer avec nous, et je ne pense pas qu'il puisse bénéficier d'un traducteur. D'autant qu'il écrit en anglais...
-Montrez-moi ça, lieutenant"
Strayton avait tenté d'écrire ses déboires, mais parfois il s'était résolu à les dessiner, avant que la bête ne l'empêche de se rendre sans combattre. La feuille était ainsi un patchwork de ratures, de demandes d'aides, de dessin de massacre et de cris déchirants (qui avaient littéralement déchiré le papier).
"Hum, je pense qu'il a besoin de l'unité d'aide psychologique de niveau 3, lui.
- La quoi, chef ?
- Le bottage de fesses, lieutenant ! La seule aide psychologique admise par le gouvernement face aux monstres velus ! Pourquoi croyez-vous que les citoyens paient, si ce n'est une bonne correction de temps en temps ? Allez, Sucette, on va faire comme dans ma jeunesse au Moyen-Orient, passez-moi les électrodes dans mon sac, je vous jure qu'il va parler Chewbacca !"
Sucette allait contester le caractère anticonstitutionnel de la méthode, mais depuis les amendements Clinton 2012 59.666, la torture était un moyen légal de faire parler les simples suspects, pourvu qu'ils aient un aspect étrange et qu'ils ne soient pas comme nous. Or le suspect en question était objectivement étrange. Sucette tremblait lorsqu'il dut appliquer les électrodes sur le monstre enchaîné et menotté. Il lui semblait qu'il lui suffirait d'éternuer pour inviter le chaos dans son poste de police. Il ressortit prudemment de la cellule, soulagé d'être encore vivant. Puis il vit la lueur de la folie dans les yeux de Peacemaker alors qu'il allait presser le bouton de la douleur. Sucette ne put s'empêcher d'éternuer.


La bête hurla, et Sucette devint sourd pour trois jours. Son haleine fétide lui fit perdre connaissance. Peacemaker hurla également, mais son .45 hurla encore plus fort, trois fois. Psykaw se protégea avec son bras, et grogna lorsque les balles lui perforèrent le biceps. Il frappa contre la cloison la plus proche et passa à travers le mur. John, l'arme au poing, tenta de le suivre, mais il avait disparu...
Une heure plus tard, dans une grotte humide, sous les vivats ovins d'une armée de fanatiques :
"Vous êtes enfin revenu, chef ? Vous nous avez manqué. Je les ai rassemblés ici pour vous attendre. Votre plan tient toujours la route ?
- Mon plan ? Quel plan... Ah, ce plan-là ? Hum... Oui. Oui, je pense qu'ils l'ont mérité. Allons-y, lieutenant !"


C'est ainsi que Psykaw, monstre de haine et de sauvagerie ayant retrouvé une partie de son intelligence redoutable, partit en compagnie du fidèle lieutenant Sheeponzalez Mérino et de quelques troupes de choc en direction des dépôts d'armes et d'explosifs de New Montpellier.
Sur un toit non loin, le Violonier était alors réveillé par un rat, et les explosions inévitables dans ce genre d'opération le décidèrent à agir.

dimanche 27 avril 2008

One day, part II

II- Où l'on rencontre un héros pas super

Le Violonier était paresseux par nature. Il passait la majorité de son temps allongé sur les toits à faire danser les rats néomontpellierains en regardant les volutes de suie qui cachaient les étoiles depuis longtemps disparues. Il gagnait son pain avec ses airs, parfois mélodieux et apaisants, parfois discordants et destructeurs. Il y avait toujours quelqu'un pour payer un guérisseur ou un assassin, et dans les deux cas il était le meilleur de la ville. On ne le cherchait pas, non. Simplement, si quelqu'un avait besoin du Violonier, il parlait à un rat, enveloppait un bout de fromage avec les termes de son marché, et un peu plus tard il pouvait éventuellement recevoir la visite d'un musicien. Parfois on lui tendait des pièges, mais le dernier à avoir essayé avait fini en saucisse vendue à la sauvette à la sortie des Abattoirs.
A New Montpellier, la musique d'un violon est comparable à celle d'un flingue, et le Violonier avait l'un et l'autre à portée de son étui.
Ce soir-là, le Violonier fut tiré de ses rêveries musicales par un mordillement. Il ouvrit un œil, puis l'autre, puis posa son instrument². Un rat gigantesque, bavant, plus agressif que les autres, essayait de manger l'humain étendu sans défense. Il avait été maîtrisé par ses congénères plus raisonnables qui savaient d'où viendrait la prochaine ration de nourriture garantie sans poison. Le musicien chantonna deux ou trois mesures pour apaiser la petite brute, puis lui caressa le haut de la tête, entre les oreilles. Elle couina. Le musicien avait appris depuis longtemps le langage des rongeurs, mais celui-ci venait de toute évidence d'un endroit lointain et s'exprimait avec un accent difficile à déchiffrer.
"IIIIK iik iik IIIKK gnip gnip IIK ik iiik !- Pardon ? Un scientifique fou t'as injecté une toxine qui a réorganisé ton AD et a attisé ton instinct violent tout en décuplant ton intelligence ? Tu l'as surpris dans ses plans d'essais sur des moutons ? C'est lui la cause des hurlements des dernières nuits, et des cadavres de prostituées qu'on a retrouvées atrocement mordues par des petites dents acérées ?
- Iiiik !
- Non, je suis désolé, c'est pas vraiment une affaire pour moi. C'est plutôt à la police de s'en occuper, et je préférerais jouer avec le diable encore une fois qu'aller voir ces fumiers pour leur offrir des informations. Qu'ils se débrouillent, avec leur technologie..."

A ce moment précis, la ville explosa.

² Oui, il pouvait jouer en dormant. C'est un tour qu'il avait appris d'un maître indien : le truc, c'est de pas vraiment dormir, mais de rester en permanence à la lisière de la conscience, ce qui permet de jouer sa propre berceuse.

mardi 22 avril 2008

One day, part I

I- Où se met en place la catastrophe

Un jour, alors que la pluie acide de New Montpellier dessinait ses labyrinthes toxiques sur les fenêtres du Laboratoire Génétique, le professeur Strayton Psykaw mit fin à ses expériences. Ses dernières recherches s'étaient avérées concluantes, et il avait, sans trop savoir pourquoi, suivi la piste de ses découvertes jusqu'à aboutir par surprise, presque par erreur, au traitement suprême. Le rêve de tout scientifique, et de l'humanité entière. La panacée universelle. Le remède à toute maladie. C'était en tout cas ce qu'il lui semblait...

Le Dr Psykaw était prudent, et rigoureux. Il avait certes annoncé à certains de ses proches qu'il pensait que ses recherches pouvaient le mener vers quelque chose d'important, mais jamais en détail, sans aucune affirmation. C'était un homme qui affirmait peu. Il était finalement tombé dessus ; il devait l'essayer. Oh, sur les bactéries et les cellules de ses cultures, ça marchait, sur ses mouches également, elles évacuaient un virus en quelques minutes, et pouvaient même régénérer un membre arraché en quelques heures. Mais sur les mammifères... La souris qu'il avait inoculé avait disparu, il avait dû mal refermer sa cage, et maintenant il était à court de cobaye. Heureusement que son frère qui travaillait au Grand Abattoir avait pu détourner un troupeau de moutons pour lui. Strayton ne savait pas bien comment la viande avait été remplacée, mais il évitait désormais tout rapport avec son boucher. On disait que la Pentamafia avait des parts dans l'Abattoir.

Le généticien se retrouvait donc dans le sous-sol du laboratoire, loin de ses confrères et de leurs questions incisives, pour finaliser ses recherches avant de les révéler au monde médusé qui voudrait alors lui offrir gloire, fortune et femmes. Il ne lui restait qu'à inoculer ses moutons, puis il essaierait sur lui-même, et une fois certain de l'effet de son remède, il pourrait sans crainte le présenter au Congrès National des GénoFirmes et attendre son prix Nobel. Il sortit sa seringue. Il n'y avait aucune raison pour qu'il y eût des effets secondaires néfastes sur les mammifères, et encore moins sur lui. Et en effet, il n'y eût pas d'effet secondaire. Pendant environ 3 minutes.
Puis les rues sombres de New Montpellier résonnèrent de bêlements féroces annonçant la tuerie, et de cris évoquants autant un être humain à l'agonie qu'un dragon furieux des temps anciens.
Rien que de très habituel, dans la cité de la folie.

lundi 10 mars 2008

Voilà où ça mène d'écrire sans savoir où on va

Hector Hectampruk se dit qu'il allait avoir du mal à rentrer chez lui ce soir.

Jusqu'à un certain point, sa vie s'était passé correctement, tout bien considéré. Elle aurait pu être bien pire. Il avait assez d'argent pour ne pas s'en soucier, il avait un emploi qu'il tentait de trouver passionant, des amis qu'il retrouvait régulièrement au bistro du coin de la rue, une femme qui lui repassait ses chaussettes et s'inquiétait pour lui les nombreuses fois où il rentrait tard, pour des réunions d'affaire. Son employeur voyait les choses en grand pour l'entreprise, lui fournissant des responsabilités, qu'il se devait d'assumer par son travail.

En rentrant chez lui ce soir-là, il n'avait trouvé en lieu et place de sa tendre épouse qu'un post-it sur le frigidaire annonçant qu'elle le quittait pour son patron, et qu'il lui faudrait racheter du lait.

Calmement, il prit la route au volant de sa nouvelle voiture, pour aller retrouver ses amis. Qui étaient en réalité à un dîner de fête en l'honneur de sa femme et de son nouveau mari, que leur union soit féconde et leurs jours heureux.

Hector roula donc dans la nuit, le toit ouvert, le disque pâle de la lune, les dix mille soeurs-étoiles, l'obscurité originelle et le vent glacé lui murmurant à l'oreille des histoires sur sa vie, ce qu'elle a été, ce qu'elle aurait pu être et ce qu'elle ne sera jamais. Des histoires d'amour, de musique, d'aventures extérieures et intérieures, de création, de chaos, mais aussi de sang, de bruit et de fureur. Sa vie s'était passée correctement jusqu'à un certain point, tout bien considéré.

Puis il ferma les yeux, pour écouter le rire étincelant des étoiles. Elles riaient encore lorsque sa tête traversa le pare-brise.

******

Tiens, je voulais faire un truc plus long et plus apocalyptique, mais apparemment non.
Sinon, Californication c'est le bien !

mercredi 20 février 2008

L'Eveil (plus que trois ans, shadowrunners !)

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Une nuit, les étoiles s'aligneront, et la magie reviendra.
Une nuit, le chaos s'installera sur la terre, et les anciens dieux sortiront de leur tanière : lutins, fées, elfes gracieux et hautains, nymphes jouant dans les ruisseaux, et rusés dragons ancestraux arpenteront de nouveau le monde des humains.
Dans nos rues, des licornes montées par des princesses au coeur purs stationneront en double-file entre deux taxis ; on verra des cavaliers en armure d'acier parcourir les boulevards en quête d'un objet sacré ou de l'amour d'une dame. Des griffons se pourchasseront par jeu, gambades aériennes majestueuses autour de nos immeubles.
Les messages télépathiques et les invocations feront concurrence au téléphone, aux annuaires, à l'avion ; le métro nous entraînera dans des stations oubliés et vraiment souterraines où l'on pourra revoir des proches défunts.
Une nuit, les gargouilles sur nos toits se réveilleront pour chasser les pigeons, et l'on verra la Statue de la Liberté enfin se gratter le nez.
Une nuit, les géants descendront de leur colline chaussés de leurs bottes magiques. Une nuit, les crapaux pustuleux se changeront en prince charmant, et les chenilles fumeront le narguilé juchées sur des champignons géants. Une nuit, des hommes vêtus de peaux de bêtes reviendront chasser le mammouth dans les plaines célestes, parmi les étoiles ; et Lucy traversera le ciel sur son chariot de diamants.
Une nuit, il pleuvra des hommes.

Une nuit, quand la lune sera pleine et les étoiles propices, les lois narratives prendront le pas sur les lois de la nature.
Et cette nuit-là, j'arrêterai peut-être de penser à toi...


******
Poésie en prose ? En tout cas, ç'aurait été beaucoup plus beau si je sortais d'une rupture difficile. Mais non. Baaaah, pwêt d'abord !
Sinon, fin alternative : cette nuit-là...
1) tu me rappeleras.
2) sera moins magique que t'avoir contre moi (aha, CA c'est du niais ! \o/)
3) je pourrais peut-être battre ce foutu record à Rayman.
4) je comprendrais peut-être.

vendredi 15 février 2008

Où l'on assassine impunément

L'homme sortit un large couteau de cuisine de sous son imperméable.
"Nous avons des choses à nous dire, M. Fistpatrick !"
Sa voix lugubre résonna dans la ruelle. John savait qu'il ne pourrait pas s'enfuir, ni même appeler à l'aide. L'homme à l'imperméable le regardait de ses yeux scintillants, la lame de son couteau reflétant la lueur de la lune.

De son sourire émanait pourtant quelque chose de simple, une joie enfantine. John, malgré sa terreur et ses sous-vêtement souillés, trouva cet éclat rassurant. Il retrouva un léger espoir dans l'humanité de son agresseur. Peut-être voulait-il simplement jouer avec lui, comme un enfant ?
Et en fait, John avait raison. A l'intérieur, l'homme à l'imperméable se sentait bel et bien enfantin : immature. Libre. Et cruel. Comme un enfant qui aurait des années d'expérience, de la force physique, de la ruse, et un démon sur son épaule qui hurlerait sa soif de vengeance, à un coup de couteau d'être apaisée.
"Mais ça sera pour une autre fois, j'en suis désolé" dit-il finalement.
Fistpatrick ne vit qu'un flash de lumière, un éclair sélénite.


Le lendemain matin, les riverains furent réveillés par les cris de Mme Martin, lorsqu'elle découvrit la tête de John Fistpatrick sur son perron. Le rapport de police signale une pancarte clouée sur ses yeux morts, écrite en lettres de sang : "Ca, c'est un putain de style original, non ?"

*****

BWAAAAAAAAHHH !!! Aux profs d'anglais qui me disent d'"oublier la fantasy" : jamais ! Les histoires font partie des rares choses qui valent le coup ! Nooo pasaraaaaan !

Ah oui, et aussi, pour les éventuels enquiquineurs :


(http://imgs.xkcd.com/comics/dreams.png)

(Par contre, pour les jolies filles qui viennent en masse suite à une publicité quelconque, et qui veulent connaître le tenancier de ce blog... http://xkcd.com/55/)



lundi 11 février 2008

Une fin du monde de plus

Le vent souffle entre les immeubles abandonnés.
Les rues désertes sont hantées par des chats, des chiens, des hamsters, luttant pour leur survie.
La végétation domestiquée reprend sa croissance anarchique ; on voit des arbrisseaux, déjà, pousser au milieu des routes et sur les toits.
Les antennes n'émettent plus, les radios se sont tues, les télévisions éteintes à jamais. Au fond des océans, les épais câbles inter-continentaux se délitent peu à peu. Les hommes ont disparu.

Ils venaient d'Asie, d'Amérique, ou d'Europe, enfin, d'au-delà les collines, de là-bas au loin, c'est ce qu'on disait. C'est faux, bien sûr. Ils avaient toujours habité près de chez nous. Même si dans un sens, ils venaient de bien plus loin que l'Australie, de bien plus loin que ce que l'humanité pouvait imaginer. On les remarquait du coin de l'oeil, sans vraiment les voir, et notre journée en était embellie. Ils avaient l'art de rendre joyeux, euphorique. Béat.

Puis ils ont fini par se lever. Oh ! Quand on les a vu pour la première fois, tout le monde fut ravi. Sans trop savoir pourquoi, on oubliait nos agressions contre la planète, on ne pensait plus à notre division en tant qu'espèce, à la mort de nos dieux et de nos histoires. On se croyait fort, avec nos esprits brillants et nos techniques avancées, on se croyait protégés.
On les accueillit à bras ouverts, sans trop savoir pourquoi (mais eux le savait). Nous ne pouvions savoir à quel point nous étions faibles, sans aucune défense face à leur séduction, et si appétissants... Ils furent invités sur nos plateaux, dans nos yeux, nos oreilles, nos cerveaux. Ils parlaient, mais personne ne comprenait ce qu'ils disaient ; on ne s'intéressait qu'à la musique de leurs paroles, sans se rendre compte que les mots qu'ils employaient n'étaient pas de nos langages. On croyait les comprendre, mais eux nous étudiaient.
Puis ils s'évaporèrent. Pendant un an, silence total. Leur souvenir s'effaça de nos mémoires, ne laissant qu'un vide ayant leur forme. Les suicides augmentèrent, le monde connu famine, peste et guerre, les experts expliquaient que l'instabilité mondiale étaient dûs à des facteurs géopolitique et économiques complexes, mais personne ne savaient vraiment ce qui s'était passé quelques mois auparavant.

Puis vint la Longue Nuit. Dans les tours, les maisons, les bidonvilles, les jungles, les rues... La musique. Dormeurs et éveillés vivaient le même rêve, dans la léthargie propre à l'irréalité. Ils suivaient les flûtes, les violons, les tambourins, ils marchaient derrière la fanfare, ils se rendaient à la Grande Fête. Dans les files géantes qui se formaient spontanément le long des avenues, un patron et son ouvrier se retrouvait côte à côté en pyjama sans se reconnaître. Certains étaient nus dans l'air glacé sans éprouver le moindre inconfort. Les infirmes, les grabataires se relevaient, mais personne ne s'émerveillait. Tout se rendaient à la fête. Tous souriaient.

A présent, le vent souffle entre les immeubles abandonnés. Les joueurs de flûtes ont disparu eux aussi, et tout est calme.

****


Voilà, bon, j'avais envie d'écrire quelque chose, surtout un conte. Neil Gaiman, je crois, ou peut-être Silverberg, a aussi repris le joueur de flûte de Hamelin, mais du point de vue des rats, dont un sourd, et ça m'a marqué. Parmi les choses qui me gardent en vie, ya la musique, et les histoires. J'aime qu'on me raconte des histoires, et c'est pour ça que je recommence Final Fantasy VIII...

Petit paragraphe MyLife, donc pour terminer en pirouette, une blague :
Qu'est ce qui est jaune ovale et qui devient marron et poilu un soir de pleine lune ?
Une patate garou !

Grrrrrr.

mercredi 23 janvier 2008

Concours De Cape et de Crocs

Sur un forum de rôlistes que je fréquente depuis quelques années (le temps passe vite), le webmaster (béni soit son nom) a posté un lien chatoyant vers http://www.songe.fr/concours/, où l'on apprend que :

"Les participants doivent écrire une série d'alexandrins, qui devront inclure au moins cinq mots parmi la liste suivante : cape, épée, renard, loup, lapin, rapière, cartel, duel, fat, faquin, estoc, lame, gant, plume, chapeau, défier, lune, demoiselle."

Et voici mon orgueilleuse contribution, jugée assez honorable pour que je gagne un exemplaire de la BD en question. Avec Cyrano de Bergerac et un battle de vers, comme pour le rap, mais en bien. =)

"Osez l'alexandrin : douze pieds, rime riche
Pause au mitan du vers... césure à l'hémistiche !"

Et maintenant, des vers.

J'étais fou ce jour-là, je le sais maintenant
Mon esprit dérouté par votre voix, ce chant,
Qui me prit ma raison. Je me meurs et pourtant
Je ne regrette rien, et trépasse en riant.

Ce faquin vous aimait, je dois lui concéder,
Mais rien ne put calmer mon cœur ensorcelé.
Je m'approche et lui parle, finit par le défier :
Nous nous battrons pour vous à l'aurore levée.

Une image me vient, l'éclat de votre gant
Mes lèvres à votre main, votre visage souriant
Je me serais damné pour le revoir encore
Et ne regrette rien, au moment de ma mort.

Nous voilà donc armés, bretteurs aux épées claires
Au pré hors de la ville qui doucement s'éveille.
A midi revenu l'herbe sera vermeille
Et mon corps étendu redeviendra poussière.

Nos lames, crocs d'acier, reflètent le soleil
Ses rayons roux ne sont que des renards peureux
Effrayés par les loups, gentilshommes la veille.
Notre mère la Vie vaut moins que vos deux yeux.

Justement je les vois, dedans votre carrosse
Deux ténébreux miroirs nous fixant tristement
L'ennemi en profite et me transperce un os
Je sais que je mourrais sans être votre amant.

Sa rapière en mon cœur n'est pas si douloureuse
Qu'une vie sans vous voir. Vivez en bienheureuse,
Ne me regrettez pas, aimez mon maître d'arme.
Tout tombe autour de moi ; sont-ce à vos yeux, des larmes ...?

Le froid qui m'envahit n'est pas l'air du matin
Qu'elle vienne donc à moi, la Dame de la Fin !
Elle ne saurait trouver que du sang et des selles
Car mon âme est en vous, ultime demoiselle.

Les citadins se lèvent et mon regard se voile
Je trépasse en riant aux dernières étoiles.


Voilou. Pour mieux connaître la série, c'est ici http://www.capecrocs.free.fr/, pour s'émerveiller devant la bande annonce (...de la bande dessinée, oui madame, c'est du cape et d'épée de qualité, 12€ le kg rien que pour vous !), c'est par là http://www.youtube.com/watch?v=JK20JfbAB9Y.

Carne y Sangre ! Maupertuis ose et rit !

Bonus : le webmaster de Songe s'occupait du site d'humour http://www.saladdin.net/ : allez le voir il est beau il est bon, avec des beaux "famous last words" notamment...

samedi 5 janvier 2008

Vie et Mort d'un Commando de la Révolution

Qui c'est qui est dans un lycée dont le journal veut pas déranger l'establishment ? c'est bibi !

Lazare Hoche

VIE ET MORT D'UN COMMANDO DE LA REVOLUTION

I- Naissance et apprentissage

Le 25 juin 1768, dans les faubourgs de Montreuil à Versailles, le petit Louis Lazare Hoche pousse son premier cri d'enfant de la violence. Les premiers temps de sa vie ne sont pas roses : son père, palefrenier des écuries royales, est atteint de la tuberculose et meurt sous les yeux du petit Lazare de 4 ans. Sa mère l'élève seule, mais le chagrin et l'alcoolisme l'amène à délaisser de plus en plus son enfant. Lazare grandit dans la violence de la rue, et à la mort tragique de sa mère (elle essayait la tronçonneuse de leurs voisins), il se retrouve complètement livré à lui-même, et se lance dans le proxénétisme, le racket et le grand banditisme. Il s'entoure très vite d'une bande de gamins des rues, hargneux comme lui mais moins fourbes et moins dénués de scrupules, menés par Lazare et un orphelin d'outre-Quévrin ; cette bande fut donc tristement célèbre sous le nom des "Franco-Belges". Le jour de son dixième anniversaire, il prend le contrôle de la totalité de la troupe en décapitant son rival avec ses dents ; sa brutalité n'a alors d'égal que son intelligence aiguisée par une vie de fourberies. Il se livre au chantage sur sa tante maternelle : il échange sa "protection" contre les livres précieux de la vieille dame, ouvrages qu'il revend pour armer ses troupes dépenaillées. A 16 ans, Lazare "the psycho killer" Hoche ne craint que deux choses : l'armée française - et Chuck Norris. Le second n'étant théoriquement pas encore né, il se débarasse de toutes se frayeurs en intégrant la Compagnie des Taureaux Sanglants, fusiliers. Tous ses amis s'embauchant avec lui, il grimpe rapidement l'échelle hiérarchique, et se retrouve avec une quasi-armée personnelle dans Paris en août 1789. Lazare a 21 ans.


II- La révélation

L'agitation ambiante, les quelques émeutes et les révoltes de gueux parisiens lui permettent de piller nombre de trésors ancestraux de la famille royale, et d'uniformiser l'équipement de ses hommes. Les estimant assez grand pour se débrouiller tout seul, il abandonne sa compagnie de guerriers assoiffés de sang aux mains d'un jeune sergent auquel il apprend quelques ficelles, un certain Bonaparte. Hoche rencontre alors celui qui va changer le cours de sa vie : maître Tang. Maître Tang est un vieillard oriental philosophe expert dans les arts martiaux, et auprès de lui Lazare apprend les techniques mortelles du Viet Vo Dao, et épouse les idéaux de la Révolution : faire manger leurs dents à ces salauds d'aristos et à ces arrogants Rosbifs. Il entraîne alors son corps déjà favorisé, et devient une machine à tuer aux muscles saillants, faisant frémir de peur ses ennemis à sa seule vue. Son patriotisme l'entraîne dans différents conflits en France et au-delà : il acquiert à cette époque son surnom de "l'Equarrisseur de Chouans", en anéantissant la résistance en Vendée armé d'un simple crochet de boucher, et en rapportant les corps à Paris, vidés et désossés. Les Britanniques prennent peur de lui, et envoient un régiment d'infanterie pour l'attaquer à son réveil dans sa cachette forestière. Les quelques survivants n'ont rapporté que quelques discours incohérents, mais il semblerait qu'il ait défait la troupe ennemie en quelques minutes effroyables, en slip et une main attachée dans le dos. Il aurait alors bu un café noir et mangé du bacon d'oreille d'Anglais pour son petit déjeuner. Effrayés par sa puissance hors du commun, le régime de la Terreur veut l'éloigner, et l'envoie en 1794 en Afrique noire, pour enrayer une révolte des indigènes qui croyaient qu'eux aussi auraient droit à la liberté. Lazare comprend rapidement que son exil est une forme de prison dont il ne peut s'échapper en brisant un mur, et fait passer sa rage sur les révoltés et les animaux autour de lui. La révolte s'arrêta net sur les pectoraux d'acier du jeune Hoche, et depuis ce jour les girafes ont des longs cous. Mais en 1797, la France subit de lourdes pertes sur le front rhénan, et doit rappeler à elle son soldat le plus dévoué et le plus dangereux.

III- Victoires et déchéance

Sur le Rhin, c'est l'enfer. L'artillerie ennemie pilonne chaque pouce de terrain, et seuls quelques braves tentent encore l'offensive lorsque Lazare Hoche entre en scène : il reconnaît immédiatement les visages de ses compagnons d'enfance des Taureaux Sanglants, menés par Bonaparte. Il se lance alors, avec pour unique arme une pelle à tarte de sa grand-mère, face aux hordes vociférantes de Prussiens et leurs canons déchiquetant la chair. Cette journée marqua la déroute de l'armée allemande en nette infériorité numérique face à cet homme seul. Hoche, suivi de Bonaparte, remporta à lui seul cinq victoires, Neuwied, Ukerath, Altenkirchen, Dierdorf et Heddesdorf, avant le repas de midi. Puis il mangea un cookie, et alors qu'il allait reprendre la tuerie, Napoléon avait signé la reddition totale et sans condition du prince Charles d'Allemagne, qui s'était caché sous un caillou. Au retour à Paris, il fuit les honneurs, qu'il juge indigne d'un pratiquant du Viet Vo Dao. Il apprend que maître Tang avait été expulsé pendant son absence, et que le vieillard n'avait pu lui remettre le moindre mot, la moindre lettre, avant de prendre le charter de retour. Le désespoir et la solitude de Lazare l'entraîna alors dans la spirale du jeu, de plus en plus extrême, de plus en plus risqué. Le 19 septembre 1797, à 29 ans, Lazare Hoche quitta ce monde en jouant à la roulette russe avec six balles.
Il est enterré à Weißenthurm, une petite ville près de Coblence; le lieu du monument s'appelle "Auf dem Frauenberg".
Souvenons-nous toujours des mots de ce jeune héros, enlevé si tôt à la patrie.
"KEEP FIGHTIN' !"


...
Franchement ça mérite pas un article spécial plutôt qu'un "L'anorexie c'est pas bien" ?

Linmark, qui a posté ça aussi sur http://desencyclopedie.wikia.com/wiki/Lazare_Hoche ...
=)

vendredi 4 janvier 2008

Où on tente de raconter des histoires

Okay.

Un blog, c'est sensé se remplir d'observations acérées sur la vie, l'univers et le reste, ou alors de photos d'amis avec des légendes frappées au coin du bon sens (ou au moins frappant le bon sens) comme "hiiii c'est ma chériie elle je l'aime trop gros smack méga big up !" à l'orthographe approximative. Ou alors de réflexions philosophiques de lycéens trouvant que la vie est dure, que les ruptures c'est pas bien, que ça donne même envie de mettre des paroles de chansons, et que lâchez vos coms. J'essaierai de ne pas en arriver là ; cette voie est plus facile, mais mène au côté obscur de la Force.

N'ayant aucun talent pour le blog BD, l'esprit quelque peu embrumé par une fièvre tapie derrière mes paupières, des démangeaisons dans les doigts et l'envie de rester dans le bon goût, je vais plutôt commencer par une histoire, avec le moins de prétention possible.
Cette histoire sera :


La terrible légende des moules d'Ouzbékistan*

On raconte, dans certains villages isolés d'Asie centrale, perdus au milieu de la steppe, une histoire venue des temps anciens. Ce n'est pas une histoire ordinaire. Elle ne peut pas être vraie, mais dans un sens elle raconte plus que la vérité. Le jour de leur dixième anniversaire, les garçons partent avec le plus grand guerrier du village pour une chevauchée au bord de la mer, et l'histoire leur est racontée, face aux moules et aux coquillages. En revenant, ils sont des hommes. Voici cette histoire.


Il y a longtemps, quand le monde était jeune et que Père Soleil chevauchait encore les vastes étendues du pays avec Mère Lune, vivait une tribu de héros, de géants parmi les hommes, les fils du Soleil.

Les Bordijins étaient grands et forts comme des ours, traquaient leurs proies comme les loups au coeur de l'hiver. Le jour, ils chassaient, pillaient ou affrontaient des monstres gigantesques aujourd'hui disparus, hideuses créatures aux bras innombrables crachant leur bile mortelle sur les cavaliers ; la nuit, ils exaltaient leur virilité dans des orgies démentes et des festins de titans.
Nul homme au monde n'était aussi fier et puissant que les Bordijins et parmi eux, nul n'était plus fier et puissant que Yermügei.
Yermügei était le plus grand guerrier que connut le monde. Il menait ses hommes à la victoire, les tribus lui obéissaient, et le monde entier le craignait et le respectait.

Un jour qu'il chassait seul dans la forêt, Yermügei vit s'ébattre sous une cascade une jeune fille au teint blanc, bien plus pâle que les Occidentales qui vivent de l'autre côté du monde. Il la voulut dès qu'il la vit, mais déjà la jeune fille la voit, et s'élance dans les buissons, nue comme une biche. Il la prit en chasse, mais elle était insaissisable comme le reflet de la lune dans la rivière, car elle était fille de la Lune. Ils se pourchassèrent durant des heures, puis les jours passèrent, et les mois et les saisons. Lorsque revint le printemps, Yermügei finit par s'arrêter, épuisé.
Il avait échoué, mais jura sur le nom de son père Soleil qu'il ne laisserait pas cet affront impuni.

Yermügei rassembla son clan, et les Bordijins lancèrent leur chevauchée, suivie par le grondement apocalyptique des sabots de leurs chevaux. Les oiseaux commencèrent à migrer vers d'autres contrées, les souris et les lièvres apprirent à se terrer dans leur tanière, les hommes tremblaient au fond de leurs yourtes. Le monde avait peur, peur devant la rage de Yermügei, peur face à la colère de ses guerriers.

Un être en particulier était effrayé. La fille de la Lune cherchait une cachette, un endroit où nul Bordijin ne saurait la trouver, mais personne n'osait la protéger de la fureur de leur chef. Les eaux se montraient tumultueuses, les forêts hérissaient leurs broussailles, le vent fouettait les plaines. Elle se tourna en dernier recours vers sa mère Lune, qui chevauchait autour du monde avec Père Soleil, sur leurs grands chevaux de feu et de lumière.
Elle lui conta son histoire et lui demanda sa protection. La Lune est une mère, et n'aime pas que l'on fasse du mal à ses enfants ; elle accepta donc de prendre sa fille avec elle.

Mais Yermügei et son clan fouillèrent le monde entier, chaque recoin, chaque caverne, chaque ruisseau. La frustration et la honte de l'échec avaient accentué leur rage ; ils finirent par se tourner vers leur père Soleil, qui chevauchait autour du monde avec mère Lune.
A ses côtés, ils trouvèrent leur proie.

"Père ! Père !" clama Yermügei. "N'abandonne pas l'aîné de tes fils au fond de la défaite ! Respecte ton serment, et livre moi la jeune fille à tes côtés !"

La Lune tempêta, et défendit au Soleil de toucher à la moindre parcelle de peau de sa protégée. Il y eut de violentes marées et de longues nuits, les femmes mouraient en couche et les ruisseaux rebroussaient leur cours ; mais le Soleil était lié par le serment qu'il avait fait au plus beau de ses fils. Il y eut de longs étés brûlant les récoltes, des journées de plusieurs mois, et on vit apparaître un désert au milieu des plaines. Au bout de cette bataille céleste, la fille fut rejetée vers la terre, seule et désemparée. Les guerriers fondirent sur elle, et Yermügei la viola puis la tua, pour avoir osé lui tenir tête pendant si longtemps.

Mais la Lune ne put tolérer le comportement des Bordijins, ni celui du Soleil. Lorsqu'elle se rendit compte du sort de sa fille, elle éloigna le Soleil d'une ruade de son cheval, puis usa de ses pouvoirs sur les cavaliers sacrilèges. Ils tentèrent de résister, mais ils n'avaient aucune chance, bien qu'ils fussent les plus forts des hommes.

Ainsi, au bord d'une mer nouvellement créée par les cataclysmes des astres, se trouve désormais une colonie de moules, les plus humbles des êtres vivants nés du châtiment des plus fiers des hommes, qui se crurent supérieurs à le Lune.
Yermügei, quant à lui, fut sauvé par son père, et placé dans les étoiles, où il montre encore le chemin au cavalier égaré.
Depuis ce jour, les femmes du peuple sont traitées à leur juste valeur, et nul n'ose porter la main sur une d'entre elle de ce côté-ci du monde ; le Soleil et la Lune, eux, ne chevauchèrent plus jamais ensemble, mais se pourchassent l'un l'autre éternellement, sans jamais se rencontrer.


*Merci Agnès pour le titre =) Si vous trouvez des fautes, dites-le moi, c'est du plus mauvais effet.